Piste de nouveaux rendus

Hello
je reviens du workshop CFSL gonflé à bloc.
Au programme, travailler mes composition qui sont souvent “trop bancal”. Voila deux petits speeds, l’idée est de travailler la composition de l’image. ces images ne sont pas finalisées ( et ne le seront pas).

J’ai utilisé un logiciel gratuit très sympa “Alchemy” qui permet de travaillé en “abstraction” ce qui est bien utile en composition d’images.

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Boules de cuir, Phicil et Drac

Cette semaine je souhaitais vous faire partager une découverte, un de ces albums qu’on ne pensait pas trouver et sur lequel on tombe comme le mineur sur la pépite. Boule de cuir m’a donné ce bonheur trop rare, celui qui me passionne en Bande dessinée, m’immerger dans un univers original, me transporter dans une aventure pleine de poésies.

Boules de cuir est scénarisé et dessiné par Phicil, mis en couleur par Drac, un couple (au sens artistique) qui a déjà fait ses preuves sur de nombreux albums dont Georges Frog au même éditeur que Boules de cuir, les éditions Carabas et London Calling ( S. Runberg au scénario et Drac aux couleurs) aux éditions Futuropolis. Hélas, je le confesse, j’ai loupé le coche sur les derniers albums que je viens de citer et ne les ai pas lu, mais ma découverte de Boules de cuir me donne plus qu’envie de palier à cette faute de goût.

Phicil signe ici un très bel album qui me semble être une ode à la vie d’après la libération de 1945. Dans le Paris patatonien où personnages animaliers côtoient personnages humains, deux amis, Bec, le canard roublard et le gentil blaireau candide, Tintin, tentent de survivre avec la petite combine de l’époque, les paris sur les Matchs de boxe. Pour être tout à fait exact il n’y a dans tout l’album qu’un seul personnage humain, c’est Maurice le balèze simplet (mais aux upper cut dévastateurs), le seul boxeur ( troisième larron de l’histoire) qui pourra peut-être remplir la bourse des deux amis.

Ce qui m’interpelle en premier lieu dans cette BD c’est l’habileté de l’auteur, il vous vend une histoire, à première vue, enfantine mais qui se révèle plus adulte qu’on aurait pu le penser. Pour ce qui est du domaine de l’enfance, le bestiaire de personnages aux formes géométriques prononcées semble vous prendre la main pour vous chanter une berceuse mais une fois que vos yeux ont parcouru la première planche, cet avis se nuance grandement. Et l’histoire, même si elle y participe grandement, n’est pas le seul élément qui tend à révéler cette nuance, le rendu graphique y occupe un rôle important. Techniquement cela ressemble à un encrage à la plume, quelques coups de pinceaux pour les aplats de noir et un lavis à l’encre pour marquer les ombres. Je pense que ceci fait par Phicil, Drac reprend les planches et y ajoute des couleurs en aplat. Les couleurs ne débordent pas de fioritures, un aplat par zone, peu de dégradés et le lavis d’encre par-dessus pour apporter un peu d’ombres. Mais les couleurs passées qui tendent vers le jaune (référence évidente aux rendus de couleur du début de l’impression en quadrichromie) ressortent d’une simplicité et d’une justesse incroyable, et apportent cette petite poésie nostalgique qui berce tout le livre. D’ailleurs le lavis à l’encre et sa petite texture de capillarité renforcent ce sentiment. L’encrage quant à lui vient contraster le design des personnages géométrisant, apportant un vernis de réalisme avec un travail aux traits fournis. Loin de nous, ici, l’encrage dynamique aux déliés parfaits qui caractérisent le style « Franco-Belge ». Personnellement je trouve que l’écriture graphique de l’auteur a énormément de charme, ses personnages apportent une vie et une expressivité incroyable à son récit.

Boules de cuir, le titre de ce dernier, fait référence aux gants de boxe, à l’époque en cuir, le gagne pain de Bec et Tintin durant toute l’histoire. C’est aussi le poing (t) de départ de cette aventure qui fera circuler nos héros du Paris pittoresque aux campagnes flamboyantes se perdant de-ci, delà dans les souvenirs de la guerre aux bancs des salles de boxes patatonienne. Les décors de Phycil sont splendides, documentés et teintent ce récit du passé de réalisme, le rendant presque plausible malgré les personnages animaliers. Soit dit en passant, j’ai aussi un faible pour l’utilisation des personnages animaliers dans les bandes dessinées d’adultes. Dans ces cas là, la drôlerie de leur aspect humanoïde passe au second plan. Les personnages à tête animal porte de suite un caractère, pas besoin de longs dialogues pour les cerner. Ce processus est un avantage certain quand (comme l’auteur de boules de cuir) vous voulez faire ressentir l’atmosphère d’un lieu et le caractère des personnes qui y gravitent, sans perdre de précieuses planches en description.

Boules de cuir n’est pas qu’une perle graphique, l’écriture y est aussi virtuose que le crayon et nous délecte avec des dialogues au parler franc et au langage chatié, aux expressions « vieilles France » et aux jeux de mots nombreux. Cette Bande dessinée m’évoque les récits aux milles péripéties d’un grand père filou ayant fait les quatre cents coups et qui garde l’âme de son enfance, quand ils rêvaient de devenir Marcel Cerdan.
Pour moi , un des ingrédients indispensables d’une bonne bande dessinée est le rapport entre le style visuel et le propos de cette dernière. Que ce rapport représente un contraste ou une homogénéité, il ne peut être absent du succès d’une bande dessinée. Dans Boules de cuir, l’auteur a consciemment ou inconsciemment ( le style ne naît pas forcément d’un calcul) apporté par son style une réelle légitimité à son récit, offrant poésie, gravité et brin de folie.
C’est l’une des meilleures Bandes dessinées que j’ai lu cette année ! Bravo messieurs !

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